Certains regards

Sur certains faits d'actualité

08 mars 2008

Paris

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parisUn film réalisé par Cédric Klapish, sortie au cinéma le 20 février.

Pierre (Romain Duris) est malade, il va peut être mourir, ce qui l'amène à avoir un regard différent sur les choses, sur la vie, et sur les gens. Du haut de sa fenêtre, et de sa mort peut être prochaine, il regarde des vies et des gens différents se croiser dans Paris. C'est ainsi qu'on se retrouve ici face à un film chorale foisonnant de personnages et d'acteurs connus et reconnus : une boulangère raciste (Karin Viard), un historien, maitre de conférence (Fabrice Luchini) qui va tomber amoureux d'une de ses étudiantes (Mélanie Laurent) et dont le frère est architecte et mène une vie parfaitement heureuse (François Cluzet). Mais aussi une assistante sociale (Juliette Binoche), soeur de Pierre, quadragénaire qui élève seule ses enfants, et qui va sympathiser avec des vendeurs de marché (Albert Dupontel, Gilles Lellouche, Julie Ferrier). Il y a aussi un clandestin Camerounais, personnage dont on comprend difficilement ce qu'il vient faire là, si ce n'est pour donner une caution sociale au film, et éviter de tomber dans le nombrilisme parisien.

Autant le dire clairement, c'est manqué, tout simplement parce qu'il joue un rôle bien trop mineur pour apporter quoi que se soit à l'histoire, on l'aperçoit en tout et pour tout 2 minutes dans le film et c'est tout. Et c'est là justement le gros défaut du long métrage de Klapisch, il y a trop de personnages pour que ceux-ci puissent être traités avec la profondeur qu'ils mériteraient. On reste donc en surface de ceux-ci, dans la superficialité même, avec ce qui se veut être des "gens normaux", mais qui ne sont finalement presque tous que des clichés ambulants. Seul Pierre échappe au massacre, et la relation qu'il entretient avec sa soeur sonne tout à fait juste, et parvient même à émouvoir, ce qui renforce l'impression que tout le reste n'est que du remplissage. C'est vraiment dommage tant cette partie de l'histoire laissait entrevoir la possibilité d'un film intimiste et touchant, qui se transforme malheureusement en un film d'artifices décevant. Ça ressemble à du Lelouch, mais à du Lelouch pas très inspiré, tant tout est trop lisse, trop mielleux, et manque parfois de crédibilité (pensez-vous qu'il arrive souvent que des jeunes bourgeoises ne jurant que par Dior et Gucci se fassent sauter par des mecs de quarante ans vendeurs de marché, dans une chambre froide à Rungis, au milieu des morceaux de viande qui pendent ?).

Alors bien sûr, ça reste tout à fait agréable à voir, le film est peuplé de bons acteurs (mention spéciale à Juliette Binoche pour sa sobriété, à l'inverse de Luchini qui devient fatiguant à toujours faire le même numéro), la bande son et la réalisation sont soignés, et le montage est très cohérent, comme toujours chez Klapisch. Mais malheureusement ça ne va pas au delà, et tout ça manque cruellement de profondeur. Ce film s'adresse avant tout à ceux qui ne vont au cinéma que pour voir et pas pour regarder, comme le veut l'expression "aller voir un film au cinéma". Aux autres, je serais tenté de dire : circulez, y'a rien à regarder, et ce qu'il y a à voir est déjà dans la (magnifique) bande annonce.


Paris bande annonce
envoyé par caro8049


Paris, c'est quand même bien mieux quand c'est chanté par Yaël Naim :


Yaël Naim - Paris
envoyé par wonderful-life1989

G.B

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06 mars 2008

Bienvenue chez les ch'tis

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chtisUn film réalisé par Dany Boon, sorti en salles le 27 février 2008.

Si on excepte le fait que la trame scénaristique tient sur une demi feuille de PQ tant le film est convenu, que Line Renaud joue archi faux de bout en bout, et que Dany Boon en fait parfois trop, si on accepte l'idée de  voir un film mielleux qui soit du sous Francis Veber, alors oui, Bienvenue chez les ch'tis est une bonne comédie. Certaines scènes prêtent à sourire, et même à rire, portées par une mécanique comique simple mais bien huilée, alors que d'autres à l'inverse nous font le coup du soufflé qui retombe, du fait de quelques faiblesses autant dans l'écriture que dans le jeu des acteurs.

On est en fait confronté ici au parfait prototype du film "TF1", Bienvenue chez les ch'tis étant à la fois une redoutable machine marketing, et un divertissement superficiel mais efficace, qui aurait pu être une vraie réussite si Dany Boon avait su échanger un peu de sa naïveté contre beaucoup de consistance.  Un film ni meilleur, ni plus mauvais qu'un autre en somme, qui ne mérite évidemment pas un tel engouement populaire, mais qu'il serait également injuste de lyncher pour de mauvaises raisons. Une comédie populaire, sans la connotation péjorative que le terme peut englober, qui profite certainement de la déception causée par Astérix aux jeux olympiques, annoncé comme la comédie de l'année, et qui s'est finalement avéré tout sauf drôle.

G.B

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22 février 2008

Le cinéma Américain de 2007 en 4 films

Ce week end étant un peu le week end du cinéma (avec la cérémonie des César ce soir, et des Oscar dans la nuit de samedi à dimanche), j'ai souhaité profiter de l'occasion pour parler de 4 films que j'ai vu en 2007, mais que je n'ai pas eu le temps de chroniquer. Il se trouve que que par hasard ce sont 4 films Américains. 

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford : Avec ce film, Brad Pitt prouve à nouveau non seulement qu'il est un grand acteur, mais aussi un grand amoureux de cinéma, capable d'utiliser sa notoriété de super star hollywoodienne au profit d'un cinéma d'auteur indépendant. En effet, L'assassinant de Jesse James... est un film très audacieux, lent et pesant à l'image de la prestation exceptionnelle de Casey Affleck. Plus que des images, ce sont les intonations de l'acteur Américain qui résonnent en moi dès que je pense à ce long métrage, je suis hanté par cette voix calme et oppressante, par ce ton presque monotone, à tel point que je plains sincèrement, et encore plus que d'habitude, tous ceux qui ont vu ce film en VF, car ils sont passés fatalement à côté de la prestation de Casey Affleck, et donc à côté de ce qui fait en partie la saveur de L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, film très soigné à 1000 lieux des supers productions  dans lesquelles un plan ne dure jamais plus de 5 secondes.


L'assassinat De Jesse James Trailer
envoyé par yokatai

7h58 ce samedi là : Indéniablement un des meilleurs films de 2007. Un polar dont la qualité principale repose sur une mise en scène de virtuose, mais surtout sur un montage aux petits oignons qui transforme un scénario qui aurait pu être très anodin en une intrigue palpitante. Lumet distille au compte goutte des informations sur les personnages, leurs faces cachées, les liens secrets qui unissent certains d'entre eux, et petit à petit se tisse une toile qui s'avère de plus en plus noire. On ne peut être qu'admiratif devant autant de savoir faire, et de modernité dans le récit, surtout lorsqu'on sait que le réalisateur est âgé de 83 ans.

I'm not there : Un film bordélique et très original dans lequel 6 acteurs différents (dont un enfant noir et une femme (Cate Blanchett) incarnent différentes facettes d'un être pas tout à fait comme les autres : Bob Dylan. Le pari fou du réalisateur, c'est en fait d'entremêler toutes les "vies" du songwritter Américain, entre faits réels et faits rêvés ou inventés. De ce fait là, le film est très inégale, parfois envoûtant, souvent déroutant, un peu trop même.  Pourtant, même s'il reste trop confus pour être véritablement attachant, ce long métrage est tout de même un objet cinématographique pas vraiment identifié qui vaut le coup d'être vu une fois du fait son audace. N'espérez cependant pas apprendre quoique se soit sur Dylan, le but ce film poétique est plus de perpétuer la légende que de faire de grandes révélations biographiques.

Inland Empire : Avec ce film, David Lynch va au bout des obsessions qui hantent son cinéma depuis Eraserhead, en signant là son oeuvre la plus extrême et la plus inaccessible.  3 heures d'images franchement laides, pleines de pixels, dans lesquelles se succèdent des scènes totalement délirantes, malsaines et cauchemardesques auxquelles les initiés ne comprennent pas grand chose, alors que les non initiés dorment. Un film expérimental très spécial à ne pas mettre devant tous les yeux, mais qui revêt pour qui parvient à le percevoir un côté tout à fait passionnant en explosant littéralement certains codes du cinéma. Une oeuvre très aboutie qui vient se loger dans l'inconscient, et dont il est ensuite très dur de se débarrasser.

G.B

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29 janvier 2008

De beaux jours à venir

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Vous n'avez pas pu louper samedi soir le plus grand événement musical de l'année: les NRJ Music Awards... Vous avez tous vu à la une de Closer que Laurence Ferrari était avec Richard Berry... Mais avez vous seulement écouté le dernier album de Da Silva? Il est de ses albums qu'on "repeat", "repeat"... Un grain de voix, des accents musicaux à la Eicher, Cantat.. On aurait envie de passer un après midi à la plage avec Da Silva, de grimper sur les dunes. De là haut, tout irait pour le mieux, on pourrait y rester percher des heures tant que ne tombe pas l'averse. Peut être même que ça serait une de ces journées où on pourrait tomber amoureux. Le gris ferait alors place au rose, à un joli arc en ciel. L'Amour fait tomber les murailles, les distances... C'est à cet instant qu'il faut y fuir.

A écouter, et réecouter:

http://www.myspace.com/dasilvaemmanuel

A.T

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27 janvier 2008

De l'autre côté

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Un film de Fatih Akin, Prix du Scénario au Festival de Cannes 2007. Sorti au cinéma le 14 novembre 2007 (actuellement projeté dans le cadre du Festival Télérama).

Synopsis officiel : Malgré les réticences de son fils Nejat, Ali, veuf, décide de vivre avec Yeter, une prostituée d'origine turque comme lui. Mais Nejat, jeune prof d'allemand, se prend d'affection pour Yeter lorsqu'il comprend qu'elle envoie son argent à sa fille en Turquie, pour lui payer des études. La mort accidentelle de Yeter éloigne durablement le père de son fils. Nejat se rend à Istanbul dans l'espoir de retrouver la trace d'Ayten, la fille de Yeter.
A Hambourg, Ayten sympathise avec Lotte, une étudiante allemande aussitôt séduite par le charme et l'engagement politique de la jeune Turque. Lotte propose même à Ayten de l'héberger chez elle, malgré les réticences de sa mère, Susanne. Arrêtée et placée en détention, Ayten est finalement reconduite à la frontière puis incarcérée en Turquie. Sur un coup de tête, Lotte décide de tout abandonner et de se rendre en Turquie

Mes impressions : De l'autre côté est un film dans lequel des personnages se cherchent, se croisent, se frôlent... mais ne se trouve pas toujours. A la fois touchant et intelligent, le long métrage de Fatih Akin parvient à fondre judicieusement des aspects politiques au sein d'une histoire faite de sentiments et de rencontres. Ainsi, il est bien sûr question de la relation qui uni Turcs et Allemand, avec en toile de fond des questions telles que l'intégration, l'assimilation, et même le colonialisme, au travers d'une réflexion d'Ayten qui demande pourquoi faire confiance à l'Union Européenne, quand on voit que les grandes puissances qui la composent sont d'anciens pays colonisateurs ? Mais qu'on ne s'y trompe pas, l'idée exprimée par Ayten (membre d'un groupuscule politique extrémiste) est loin d'être celle plaidée par le réalisateur. Au contraire, Fatih Akin illustre de manière symbolique au travers de Nejat -qui, étant d'origine Turque, est tour à tour professeur de littérature en Allemagne, puis libraire spécialisé dans la vente de livres Allemands en Turquie-, comment ces deux cultures, au lieu de s'opposer, peuvent parfaitement se compléter sans que l'une ne s'efface derrière l'autre, et comment, finalement, celui-ci personnage est à la recherche d'un parfait équilibre entre celles-ci afin d'être au clair quant à sa propre identité.

Mais plus qu'un film à caractère politique, De l'autre côté est avant tout un long métrage sur des êtres humains, la question prédominant ici étant celle de la mort. Une Turque meurt en Allemagne, puis une Allemande en Turquie, les cercueils respectifs prennent des chemins inverses, en direction de leurs pays d'origine, mais les personnes qui sont à l'intérieur sont, sans se connaître, décédées alors qu'elles allaient dans le même sens, celui de l'aide à un être humain que toutes les deux aimaient d'un amour différent, mais suffisamment fort pour conduire à s'aventurer de l'autre côté, aussi bien de la frontière, que de la vie.

Brillant aussi bien de part sa mise en scène, que dans ses choix narratifs (on notera particulièrement l'intelligence du montage), De l'autre côté impressionne surtout par sa qualité à dépeindre minutieusement des personnages, pourtant nombreux. On comprend alors totalement Le prix du scénario décroché à Cannes, et on se dit même que le film aurait pu faire une palme d'or tout à fait respectable s'il avait fait su faire preuve d'un peu moins de sentimentalisme. Un beau film de cinéma. 


De l'autre côté
envoyé par aspub

G.B

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14 janvier 2008

Beirut, l'homme fanfare

gulag_orkestarPour être honnête , la première fois que j'ai écouté Beirut, au moment de la sortie de son premier album Gulag Orkestar (2005), j'ai détesté. Avec le recul, ça me semble tout à fait normal, je pense en effet que la relation avec une œuvre d'art se construit sur le même modèle qu'une relation humaine. J'y vois une même question de carapace ; rares sont ceux qui s'ouvrent en grand face à un inconnu. De même, souvent on ne s'entend pas bien avec des gens qui nous ressemblent trop, ou en tout cas pas tout de suite, et peut être que le travail artistique de Beirut me ressemblait trop, me parlait trop pour pouvoir me toucher dès la première écoute. Peut être aussi que je ne supportais pas l'idée de ne pas être l'auteur de cette musique dans laquelle je me reconnaissais tant. Ainsi, il a fallu que s'écoule un peu de temps avant que je laisse la musique de Beirut me frapper en plein cœur.

zachcbeirutSi on connaissait déjà les hommes orchestres, à propos de Beirut, on serait tenté de parler d'homme fanfare. Un saltimbanque qui nous fait voyager, portés par un vent d'est, sur des océans de poésie, parfois au volant d'une vieille Cadillac sur des routes de poussière, parfois à bord d'un voilier majestueux, entourés de marins à l'alcool joyeux, chantant en chœurs aux sons d'accordéons et trompettes, sous le regard d'oiseaux aux ailes légères de liberté.

flyingclubcupPersonnellement, l'originalité et la puissance de la musique folk de cet immense artiste Américain (âgé d'à peine 22 ans) me confortent dans l'idée que la plus grande chance de l'homme, c'est sa capacité à rêver. A propos de rêves justement, lorsqu'il parle de Kusturica (un autre grand fabriquant de rêves), Jean-Max Méjean dit qu'il y a en toile de fond de l'œuvre de celui-ci l'idée que "c'est le rêve qui sauvera le monde". En prenant l'expression au pied de la lettre, on pourrait alors être tenté de dire que Beirut est un bienfaiteur pour l'humanité… Bon, c'est vrai que là je m'emporte un peu (quoique…), mais vous l'aurez compris, c'est mon grand coup de cœur du moment, et je vous conseille vivement d'y jeter un oreille, car il est probable qu'en échange vous receviez d'immenses bouffées d'oxygènes.

G.B

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05 octobre 2007

Control

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Un film d'Anton Corbijn sorti le 26 septembre au cinéma.

Pour son premier long métrage, le photographe Anton Corbijn tente le pari audacieux de raconter la vie de Ian Curtis (leader du groupe Joy Division), de sa rencontre adolescent avec celle qui sera sa future femme, à son suicide à l'âge de 23 ans, en 1980. Un choix risqué, tant les films biographiques (qu'on qualifie désormais avec l'anglicisme "biopic") se suivent et se ressemblent depuis quelques années, racontant tous de manière très "hollywoodienne" le destin romanesque de stars de la chanson, de Johnny Cash à Edith Piaf.

Heureusement, le réalisateur affiche ici un peu plus d'ambition que ses prédécesseurs,en s'intéressant, non pas à Ian Curtis en tant que rock star, mais plutôt à l'homme tourmenté qu'il est. Chose rare pour un biopic, les scènes musicales sont de ce fait peu nombreuses, mais d'une rare intensité, du fait d'une mise en scène  très juste qui place  le spectateur au coeur de l'évènement (que se soit en studio ou en concert). On sent que le réalisateur sait de quoi il parle.

C'est donc sur la personnalité de Ian Curtis que Corbijn se penche, un choix intelligent, puisque ce sont ses névroses qui nourrissent sa musique, et qui vont faire que Joy Division va révolutionner le rock. On découvre un homme à fleur de peau, marié trop jeune, écartelé entre une femme et une fille qu'il ne veut pas quitter, et une  maîtresse qu'il ne peut pas quitter. Un homme qui perd en somme peu à peu le contrôle de sa vie, puis de son corps, du fait de de crises d'épilepsies de plus en plus récurrentes qui viennent lui pourrir la vie. On remarque d'ailleurs dès l'écran titre, que le mot "control" n'est pas statique, il clignote, insaisissable qu'il est.

Control, est l'histoire d'une descente aux enfers, celle de cet homme qui n'est ni vraiment acteur, ni vraiment spectateur de sa vie, puisqu'à la fois trop spectateur pour être capable de donner une direction à celle-ci, et trop acteur pour se rendre compte de l'ampleur que les choses prennent (tant sur le plan musical que personnel).

Le tout est filmé de manière tout à fait admirable par un Anton Corbijn qui semble, à l'image du photographe qu'il est, avoir peaufiner chaque image du film. Porté par un noir et blanc sublime et une mise en scène précise, on serait tenté de dire que Control n'est pas un long métrage à 25 images/seconde comme les autres, mais plutôt à 25 photographies/seconde, tant on sent tout le soin apporter à l'image, essence même du cinéma.

Plus qu'un coup d'essai, ce premier film sonne donc plutôt comme un coup de maître,  tant le réalisateur parvient à faire transparaître toutes les fêlures qui vont conduire Ian Curtis au suicide, bien aidé, il est vrai, par la grande performance d'acteur à laquelle se livre Sam Riley. Brillant de bout en bout, Control dresse le portait minutieux et sensible d'un artiste écorché vif, un portrait totalement réussi, peut être simplement parce que seul un artiste est capable de raconter avec talent un autre artiste.

G.B

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15 septembre 2007

Ni d'Eve ni d'Adam

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Un roman d'Amélie Nothomb dans la lignée de stupeur et tremblement. Sorti en août 2007.

Je ne sais pas qui est Amélie Nothomb. N'est elle qu'un personnage ? Qu'une ombre en noire avec un grand chapeau ? Qu'une boulimique de la plume ? Quoiqu'il en soit, il est clair qu'à chaque rentrée littéraire, elle est là. Elle en est au centre, souvent sujette à la polémique. Son dernier roman semble cependant faire l'unanimité sur les ondes comme dans la presse.

Ni d'Eve, ni d'Adam est une histoire d'amour ou plutôt de "koi" (goût) entre Amélie Nothomb et un étudiant en français, un japonais nommé Rinri. On y découvre une héroïne sportive, amoureuse, drôle à l'antipode des personnages dont on avait pu faire la connaissance au travers de ses dernières productions…

"Tuer Rinri? Quelle idée atroce et surtout absurde! Tuer un être si gentil et qui ne suscitait en moi que le meilleur! D'ailleurs, je ne l'ai pas tué, ce qui prouve bien que ce ne n'était pas nécessaire. Il n'est pas banal que j'écrive une histoire où personne n'a envie de massacrer personne."

C'est aussi une histoire de culture, de tradition asiatique qui ne donne que plus de valeur à ce roman. A lire, d'une traite, d'un coup, à lire quand on a un trou. C'est un roman léger où on se laisse transporter au sommet du mont Fuji, au fond d'un bol de nouilles japonaises sans que ça nous paraisse grotesque…

A.T

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12 septembre 2007

Trash Yéyé

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Un disque grandiose de Benjamin Biolay, sorti le 10 septembre 2007.

G.B

A une heure où la chanson française n'en fini plus de briller de par un manque d'ambition flagrant et une platitude déconcertante, le talentueux Benjamin Biolay revient sur le devant de la scène avec Trash Yéyé, histoire de rehausser inconsciemment le niveau. A nouveau auteur, compositeur, arrangeur, co-réalisateur et interprète sur ce cinquième opus, Benjamin Biolay semble être allé puiser au plus profond de lui, afin de livrer ce Trash Yéyé. Pourquoi “Trash Yéyé” ? Tout simplement parce que son auteur délivre ici treize textes crus et forts, portés par des arrangements pop (yéyé), parfois expérimentaux, toujours magistraux. De voix lyriques en basses étourdissantes, Benjamin Biolay innove continuellement, privilégiant toujours la créativité et le sens artistique à une certaine facilité qui pourrait pourtant lui tendre les bras. Tout cela transpire le génie, car l'artiste réussit dans tous les domaines sur lesquels il s'aventure, que se soit au travers de ballades (avec notamment le somptueux "Bien avant"), d'un chanté/parlé proche du rap ("Douloureux dedans", "Dans ta bouche") ou encore de compositions pop très radiophoniques ("Dans la merco-ben"z, "Rendez-vous qui sait"), Benjamin Biolay parvient constamment a faire mouche.

Du côté des textes, alors que les mode est plutôt “Pages Blanches et catalogue Ikéa” (la chanson dite “réaliste”), Biolay lorgne quant à lui plutôt du côté de Gainsbarre, faisant preuve d'un certain sens de la formule et laissant tout tabou au vestiaire. Ce qui nous donne des phrases telles que “blanc comme un sachet d'héroïne, mon ange”,“Petite connasse, pourquoi fais-tu ta radasse, ta petite pétasse qui montre rien en surface, qui veut qu'on l'embrasse encore”, “Bien avant qu'on se soit déçu, bien avant qu'on soit des déchets, bien avant ce goût de déjà vu, je savais déjà qu'on y resterait”, ainsi que de nombreuses évocations sexuelles :  “Qui que tu baises, des bimbos ou de grands balèzes, des dildos ou des pieds de chaises, en trio ou sur les falaises, une femme obèse, je serai là, (...) mon amour je pourrais tout subir dans ta bouche”, “Taisez-vous, mettez-vous à genoux, moi je reste debout, c'est pas la peine d'être à la hauteur pour rien”.

Au final, ce cocktail de virtuosité aussi bien dans l'écriture que dans la composition donne un album tout à fait exceptionnel qui continu le travail de dépoussiérage d'une chanson française languissante, entreprit depuis son précédent album, A l'origine

Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.benjaminbiolay.com, le site officiel de l'artiste.

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08 juin 2007

Les chansons d'amour

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Un film de Christophe Honoré sorti en salles le 23 mai 2007.

Comme il est curieux, plus de 40 ans après la sortie des Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy (1964)  de voir les gens s'étonner devant un film "chantant", comme certains de leurs ancêtres ont pu s'étonner il y a 80 ans devant Le chanteur de jazz, premier film dit parlant. Le plus amusant étant d'ailleurs que la séquence dite "parlante" de ce film datant de 1927 était en fait chantée, par Al Jolson. Il parait donc assez aberrant qu'aujourd'hui on en soit encore à réduire un film comme celui réalisé par Christophe Honoré à l'étiquette de "comédie musicale", d'autant que si celui-ci ne comportait pas de séquences chantées, personne n'aurait prononcé le mot de "comédie" à son propos.

Les chansons d'amour est donc avant tout un long métrage comme les autres… En fait non, pas tout à fait comme les autres justement, le quatrième film de Christophe Honoré est une œuvre cinématographique plus qu'une simple bobine, ce genre de long métrage qui justifie l'appellation de 7ème art que l'on confère au cinéma. On n'y parle d'amour et de mort, de la vie en somme. On s'y aime parfois à deux, parfois à trois, qu'on soit du même sexe, ou pas. On s'y aime. On s'y perd aussi. On se cherche, on se trouve… on se fuit. On pleure, on s'insulte, on rie. On pourrait être tenté de dire que c'est un film sur la vie, sur des morceaux de vies, mais en fait Les chansons d'amour est surtout un film sur l'amour, sur des morceaux d'amours, bien que les deux soient intimement liés (dur d'en concevoir l'un sans l'autre).

Ismaël (Louis Garrel) et Julie (Ludivine Sagnier) sont en couple. Ces deux là partagent également leurs lit avec Alice (Clothilde Hesme) qui s'invite de temps en temps, pyjama à la main. Seulement, l'équilibre de ce couple à 2+1 va se voir complètement brisé par le décès brutal de Julie. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, ce décès ne va pas permettre aux deux personnages restant de former un couple "normal", la stabilité de leur relation s'étant construite à trois, celle-ci ne peut désormais plus perdurer à deux. C'est ainsi que, Cherchant du réconfort dans des bras, mais refusant d'entendre "je t'aime", Ismaël va finalement recommencer à s'attacher, et ce auprès d'un jeune lycéen, Erwan. Commence alors une nouvelle histoire d'amour, qui ne devient réellement possible qu'à partir du moment où Ismaël franchit le pas d'aller au cimetière devant la pierre tombale de Julie.

Qui dit amour et mort, dit intime, et c'est peut être là qu'est la grande force de Christophe Honoré, parvenir à nous faire pénétrer pleinement dans l'intimité des personnages, sans pour autant systématiquement faire rimer intimité et gravité. Des petits moments simples de complicité, aux interminables repas de famille, la caméra du cinéaste s'invite chez les personnages qu'elle filme afin de faire ressortir les enjeux qui habitent chacun. Rien n'est gratuit, tout à un sens, chaque image tend à montrer ou à expliquer quelque chose, quelqu'un. On constate d'ailleurs que Christophe Honoré inverse complètement le rapport classique entre espace et intime, c'est à dire qu'ici les appartements, et notamment les lits, apparaissent comme des lieux publics, ouverts à tous, alors que les rues de Paris semblent finalement les meilleurs endroits  pour s'offrir des têtes à têtes avec soi même.

Porté par une écriture très littéraire au délicieux arrière goût de "nouvelle vague" (on pense à Eustache, à Truffaut, et bien sûr à Demy), Les chansons d'amour est un film à l'image de la prestation de Louis Garrel, drôle, touchant, Et subtil. Cependant, avant de se laisser emporter par cette belle combinaison d'atouts, il est nécessaire de laisser à nos pauvres esprits formatés le temps de s'adapter à ces passages de dialogues parlés à des dialogues chantés. Une adaptation d'autant plus compliquée, que la qualité d'écriture des chansons est quelques fois un ton en dessous de celle du film, ce qui rend terriblement mièvres certains instants au potentiel pourtant tellement poétique. Musicalement en revanche rien à redire au travail d'Alex Beaupain que se soit tant au niveau de la beauté des mélodies, que de l'interprétation souvent touchante des acteurs.

En conclusion, sans atteindre les sommets de son opus précédent, Dans Paris, Christophe Honoré signe un très beau film sur le deuil et sur l'amour. Un long métrage emprunt d'interrogations qui ne se posent qu'indirectement, Comment aimer ? Comment faire son deuil ? Comment aimer après avoir connu un décès ? A ces questions, le cinéaste n'apporte pas de réponses, mais simplement des illustrations, un procédé qui illustre parfaitement la volonté du réalisateur de ne jamais juger ses personnages.

G.B

Posté par Guimelie à 22:02 - Culture - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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